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Processus et techniques d’urgence en cas de pollution des marinas

Les marinas sont exposées aux risques de la pollution par le pétrole généré par les activités de transport maritime et de celles des industries portuaires. On citera en particulier les pollutions dues aux :

  • Accidents de navires et les déversements accidentels liés aux opérations de soutage des bateaux ;
  • Rejets involontaires ou non des fonds de cale machine dans la marina;
  • Déversements dus à la défaillance d’infrastructures de la marina (stockages, canalisations…) ou à des accidents routiers ou ferroviaires ;
  • Macro-déchets liés aux activités se déroulant à proximité des plans d’eau de la marina ;
  • Écoulements vers les bassins de la marina à partir d’égouts ou de conduites pluviales.

Pour être prêtes à intervenir le jour où surviendra une pollution des marinas, les capitaineries ont tout intérêt à établir en amont un processus d’intervention d’urgence en cas de pollution des marinas.

Cet article expose les processus et les techniques d’urgence à mettre en œuvre face à une pollution dans votre marina, pour assurer une réponse appropriée à partir de la notification de l’incident jusqu’à la fin des opérations de restauration.

Processus d’urgence en cas de pollution de la marina

But du processus

Limiter le plus possible le volume de polluant déversé, empêcher le polluant de tomber dans la marina ou, sinon, le confiner dans l’eau pour l’empêcher de s’étendre.

Responsabilités des intervenants
  • Observateurs : Réagir de manière à limiter le volume de polluant déversé dans la marina et faire le nettoyage.
  • Capitaine :
  • Alerter les autorités pour obtenir de l’aide et du matériel spécialisé si c’est nécessaire.
  • Adresser des rapports de pollution à la Sécurité Maritime de Transports.
Sécurités des intervenants
  • Se tenir au vent des vapeurs en tenant compte du courant éventuel ;
  • Stopper les moteurs (navires, véhicules terrestres…),
  • Interdire de fumer ;
  • Ne pas mettre d’appareils électriques ou électroniques en marche ;
  • S’assurer de l’absence de point chaud ou source d’ignition à proximité ;
  • Porter des Équipements de Protection Individuelle (EPI) adaptés aux hydrocarbures pour éviter tout contact cutané et l’éventuelle inhalation de vapeurs ;
  • Si la température est importante et/ou si le déversement a lieu en zone confinée, attention au risque d’incendie ;
  • Pour tout produit inconnu, inflammable ou explosif, supprimer toute source d’ignition produite par une installation fixe ou mobile dans la zone à risque ;
  • Dans le cas de rejets via les exutoires de la marina, penser en priorité à sécuriser les échelles et murs de quai, les cales afin d’en éliminer tous les résidus qui les rendent glissants et dangereux (pour les usagers et les intervenants). S’il le faut, isoler et interdire l’accès aux ouvrages de la marina (postes à quai, cales…) le temps des opérations de nettoyage ;
  • Ne pas tenter d’intervenir sur le produit déversé ou de manipuler le contenant ;
  • Dans le cas où la substance n’est pas identifiée, la considérer par défaut comme dangereuse.

Étapes du processus d’intervention

ÉtapesActions du processus d’intervention
Alerte*Observation d’un déversement ;
*Si possible et sans prise de risque, faire stopper le déversement à la source;
*Début d’enregistrement des éléments d’information ;
*Déclenchement du plan d’intervention s’il existe.
Constatation*Constatation de la pollution sur le sol ou sur le plan d’eau de la marina ;
*Identification précise du polluant ;
*Évaluation des risques et de l’évolution possible de la situation ;
*Transmission de l’alerte aux autorités et aux intervenants ;
*Quantification en volume / en surface ;
*Recherche et mise en demeure du pollueur, s’il est identifié ;
*Mettre en sécurité l’installation ou le navire à la source de la pollution ;
*Recueil d’échantillons, de preuves, photos, etc.
*Évaluer la situation et remonter l’information à la capitainerie.
Recherche  *Détermination de l’origine / de la cause / de la source ;
*Délimitation et mise en sécurité de la zone à terre ou sur le plan d’eau ;
*Mise en demeure du pollueur pour arrêt de la pollution ou pour intervention.
Limitation*Arrêt de l’écoulement vers le plan d’eau ;
*Actions de lutte à terre : protection, endiguement, pompage, absorption, collecte, stockage, nettoyage, traitement des déchets…
*Actions de lutte sur le plan d’eau : protection, confinement, chalutage, absorption, voire dispersion naturelle ;
*Intervention a priori des sapeurs-pompiers, mais éventuellement du pollueur ou d’une entreprise spécialisée.
Récupération*Récupération à partir du plan d’eau ;
*Actions de lutte sur le plan d’eau : absorption, concentration / épaississement et pompage de la nappe.
Stockage*Stockage / transfert du polluant pour retraitement ultérieur.
Remise en état  *Remise en état du site ;
*Nettoyage des infrastructures polluées ;
*Traitement des sols touchés.
Retour d’expérience  *Préparation du dossier contentieux,
*Évaluation des coûts d’intervention et des dommages pour transmission au pollueur ou à son assureur.
*Analyser méthodiquement et rigoureusement la gestion de l’événement afin d’en tirer des enseignements pour l’avenir.

Techniques d’intervention en cas de pollution des marinas

Technique de Brûlage in-situ:

Avantages :

  • Elimine d’importants volumes d’hydrocarbures ;
  • Acceptable au large ou dans les eaux couvertes de glace ;  
  • Réduction de la quantité de déchets à traiter et la pollution des marinas.

Limitations :

  • Les hydrocarbures vieillis s’enflamment difficilement ;
  • Risque potentiel pour la santé (fumée) ;
  • Les résidus imbrûlés lourds peuvent couler ;
  • Dépendant de l’état de la mer.
Technique de Confinement :

Des barrages flottants peuvent être mis en place pour stopper la pollution des marinas et la propagation du fioul.

Les raisons de sécurité qui amènent à éviter le confinement de certaines substances volatiles conduisent à déconseiller pour les mêmes substances, dont bien évidemment l’essence, la récupération sur plan d’eau par absorption. En particulier parce que cela reviendrait à transférer le risque d’inflammation ou d’explosion du plan d’eau vers la terre, au niveau du stockage des absorbants utilisés, à partir desquels s’évaporeraient les produits volatils récupérés.

Technique de Récupération :

Lorsque les hydrocarbures se présentent sous forme de galettes, la récupération est effectuée au moyen :

  • Des barrages antipollution flottants encerclent la nappe de pétrole. Le pétrole est pompé.
  • Des chaluts tirés par deux bateaux ramassent le pétrole en surface.
  • Le pétrole est récupéré à la main à partir de bateaux de pêche.

La récupération sur plan d’eau de petits volumes d’hydrocarbure de type gas-oil est à réaliser principalement à l’aide d’absorbants en tapis, feuilles, rouleaux, ou en barrages boudins, ces derniers pouvant être ou non dotés d’une courte jupe lestée. La rapidité de mise en œuvre de cette technique plaide en sa faveur pour des volumes de l’ordre de quelques litres à quelques centaines de litres. Il faut compter, au minimum, deux volumes d’absorbant par volume de polluant déversé.

La récupération de produits lourds peut également être entreprise à l’aide d’absorbants, mais il faut alors privilégier un absorbant en vrac (flocons, filaments, écheveaux…). L’épandage d’absorbants se fait manuellement et la récupération à l’aide d’épuisettes. Les produits lourds pénètrent peu à l’intérieur de l’absorbant, mais adhèrent facilement à sa surface par adsorption. La multiplication de cette surface par l’utilisation de vrac rend donc cette technique de récupération plus opérante et plus efficace sur ces produits.

Technique de Dispersion :

Des bateaux ou des avions répandent des dispersants sur la surface du pétrole. Ces produits chimiques fractionnent le pétrole en une multitude de gouttelettes. Cela permet de limiter les effets de la pollution des marinas et aide la dégradation naturelle du pétrole dans l’eau de mer après plusieurs années. Cette technique a pour but de disperser les hydrocarbures dans la mer, pour éviter qu’ils ne viennent s’échouer sur les côtes et d’accélérer leurs dégradations dans le milieu naturel.

Pour utiliser cette technique, la profondeur doit être de dix mètres minimums.

Technique de Pompage :

Le pétrole est récupéré dans l’épave par une pompe reliée à un bateau en surface.

Exécutions du processus d’intervention

  • Stopper la pollution des marinas et l’étalement de la nappe à l’aide d’un dispositif de confinement composé d’absorbants.
  • Confiner la zone polluée ou la source de la pollution par encerclement ou isolement de la nappe sur le plan d’eau à l’aide d’un barrage flottant et assurer une bonne étanchéité du dispositif à l’aide de barrages en boudins absorbants. ;
  • Récupérer le polluant à l’aide d’un récupérateur à seuil ou bien le pomper en surface ;
  • Si la zone polluée est très vaste, concentrer et épaissir la nappe en la chalutant en surface à l’aide d’un petit barrage de type rideau ;
  • Protéger les zones sensibles de toute atteinte de la pollution : prises d’eau, enrochements, zones difficiles d’accès, zones naturelles sensibles telles que les marais, vasières, zones conchylicoles ou pontons de bateaux de plaisance ;
  • Si des zones d’importante accumulation de polluant se forment naturellement, utiliser un récupérateur couplé à un camion d’assainissement.
  • Favoriser éventuellement la concentration du polluant à l’aide d’un jet d’eau en créant un courant favorable devant la nappe et non pas directement sur elle car il y a alors un risque d’émulsification du gas-oil.
  • Si les nappes de polluant sont éparses, disposer des feuilles d’absorbants en surface et les renouveler en fonction de leur saturation.
  • Stocker les absorbants usagés dans des bacs ou bennes étanches.
  • Faire nettoyer ultérieurement les infrastructures et coques polluées. Les produits de nettoyage utilisés doivent être non solubles afin d’être récupérés en même temps que les effluents de lavage ;
  • Veiller à la prise en charge de la faune souillée ;
  • Gérer l’ensemble des déchets collectés.
Conseils Techniques
  • Si la quantité de polluant des marinas est importante, récupérer à l’aide d’un moyen de pompage.
  • Si la quantité de polluant est faible, récupérer à l’aide d’absorbants.
  • La dispersion chimique est fortement déconseillée en zone portuaire. En effet, il sera difficile pour le polluant dispersé de se disséminer dans un grand volume d’eau. De plus, les dispersants sont peu efficaces sur des produits très visqueux.
  • La dispersion chimique et le brûlage sont deux techniques à proscrire en zone portuaire. La plupart du temps, l’intervention sera orientée autour du confinement et de la récupération du polluant, du nettoyage des surfaces souillées et de la gestion des déchets.
  • L’entretien régulier des installations de traitement des rejets portuaires permet d’éviter les accidents de surverse des installations (eaux usées) ou de relargage de polluants (aires de carénage…).

Protéger l’environnement, c’est:

Lire aussi : Les bonnes pratiques du plaisancier écologique

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Hassan Blabli

Ex Capitaine de Vaisseau (Colonel) de la Marine Royale

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